Lola JAVIER
Vidéaste & Photographe
Promo Kubrick (2017-2020)
 Crédit Photo : Laurent Tixador 

Originaire de Perpignan, Lola Javier a toujours rêvé de voyager à l’étranger pour découvrir d’autres cultures et cultiver son ouverture d’esprit au grè des rencontres et des échanges. Embauchée par l’association humanitaire Pour un sourire d’enfant (PSE), Lola s’est ainsi envolée en direction du Cambodge à l’issue de sa formation en Bachelor Audiovisuel à L’IDEM. Pas étonnant que son tempérament aventurier et altruiste dans l’âme l’ait conduite à rejoindre, pendant un an, cette association qui œuvre pour les enfants défavorisés et déscolarisés de Phnom Penh, la Capitale du Cambodge.

Fondée en 1996 par Christian et Marie-France des Pallières, l’association a pour objectif d’aider ces enfants à se réaliser pleinement, tant sur le plan humain que professionnel. Cette association humanitaire a reçu le Prix des Droits de l’Homme de la République Française en 2000. Parrainée par le grand réalisateur et scénariste français, Patrice Leconte, L’école des médias fait partie des 18 formations professionnelles post-bac (Business school, hôtellerie, tourisme, construction…) proposées et délivrées par l’association PSE. L’école des médias forme ainsi sur trois ans aux métiers techniques de l’Audiovisuel et de la postproduction.

Quel a été le déclic de partir ?

C’est sous l’impulsion de mon professeur Albert Oriol intervenant à L’IDEM et Référent bénévole de L’école des médias au Cambodge, que je me suis décidée à rejoindre l’association PSE après mes études pour changer – à ma façon – le cours des choses. Nous avions visionné en dernière année, le documentaire Les Pépites* réalisé par Xavier de LAUZANNE (sorti en 2016 avec 250 000 entrées). Un documentaire qui ne laisse personne indifférent !

(*) Ce documentaire retrace les débuts de PSE, lorsque Christian et Marie-France découvrent en 1995 la décharge municipale de Phnom Penh où travaillent des centaines d’enfants dans des conditions inhumaines. Profondément choqués, ils décident alors de se battre sans limite pour sortir ces enfants de cet enfer ! D’abord, ils ont servi des repas et pratiqué de petits soins sur la décharge même, pour ces enfants chiffonniers. Puis, rapidement, ils ont construit des bâtiments près de la décharge afin de pouvoir répondre à la demande des enfants : aller à l’école et avoir un métier. A ce jour, ils ont permis à plus de 10 000 enfants d’accéder à l’éducation pour se construire un avenir. Un documentaire bouleversant qui mêle images d’archives et inédites mais surtout des témoignages d’enfants devenus adultes. Ils ont 25 ans et finissent leurs études ou commencent à travailler. Tous, lorsqu’ils étaient enfants, devaient fouiller, pour survivre, dans cette décharge à ciel ouvert.

Quelle est ta mission ?

J’assiste Nicolas Sacré, le Directeur de L’école des médias dans la coordination des programmes et formation des enseignants en coopération avec l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière. En qualité d’Academic Officer, je participe ainsi aux différents travaux pratiques et tournages de films par les étudiants et j’anime aussi des cours d’Histoire du Cinéma.

Comment as-tu préparé ton départ ?  

L’organisation de ce voyage a été compliquée. En effet, j’étais novice en la matière puisque c’est mon premier voyage à l’étranger et la crise sanitaire n’a pas facilité les démarches administratives… Une série à rebondissements de plusieurs mois pour obtenir un visa de travail et mon tout premier passeport que j’ai finalement récupéré in extremis 2 jours avant le départ. Avant de partir, j’avais pris soin de préparer une liste de films made in Taïwan, Hong Kong, Japon et Sud-Coréen pour passer mes 15 premiers jours en quarantaine. Et je vous conseille vivement Dimond Island de Davy Chou (Réalisateur Franco Khmer) et son documentaire Le sommeil d’or qui traite de l’âge d’or du cinéma cambodgien et de sa disparition lors de la guerre des Khmers rouges. Sans oublier mes préparations de cours. Le jour J, j’ai eu le cœur serré de quitter ma famille, et surtout mes grands-parents…

Tes premières impressions ?  

Après 23h de voyage dont 9h d’escale à Singapour et une caution de 2000$, me voilà enfin arrivée au Cambodge… Une arrivée un peu déroutante à cause de la COVID mais je m’y étais préparée. Nous avons été placés directement en quarantaine à l’hôtel. J’ai donc passé mes 15 premiers jours seule dans une chambre en ayant hâte de rencontrer les personnes qui m’attendaient à Phnom Penh où se trouve l’association. Un moment finalement suspendu où j’ai passé beaucoup de temps à écouter de la musique, à faire du sport, à dessiner, à regarder des films, et à parfaire mes cours avec pour seule compagnie : le grignotage… l’avantage est que je n’ai pas du tout ressenti le fameux « jetlag » (rire). De ma fenêtre, je pouvais voir la circulation en ville avec beaucoup de scooters qui arrivent dans tous les sens et même en contre-sens. Avec l’impression qu’il n’y avait aucun code de la route et sans trottoirs pour les piétons, j’appréhendais un peu ma première sortie en centre-ville. Et en même temps, je me suis vite rendue compte que personne ne s’énerve là-bas, qu’ils font attention aux autres et que les klaxons sont juste là pour alerter l’autre d’un danger.

Enfin à destination après cette quarantaine, j’ai forcément eu beaucoup d’émotion lors de mon arrivée sur place à l’association Pour un sourire d’enfant (PSE). Ayant vu le documentaire Les Pépites, j’avais déjà plein d’images en tête qui m’avaient bouleversées et beaucoup d’admiration pour Christian et Marie-France des Pallières (qu’on appelle ici Papy et Mamy). Mais de voir tout cela en vrai, c’est très impressionnant et l’on ressent une certaine fierté de pourvoir contribuer à ce beau projet.

Qu’est-ce que tu rêves de visiter là-bas ? 

J’espère avoir le temps de découvrir toutes ces petites îles paradisiaques du golfe de Thaïlande et les temples d’Angkor qui sont à couper le souffle. Dès lors que les frontières seront rouvertes, j’aimerais aussi me rendre au Laos, en Thaïlande ou au Vietnam pour en prendre « plein les yeux ».

Depuis mon arrivée, je me suis déjà rendue à Takeo (une province du sud du Cambodge située à l’ouest du Bassac) avec une amie journaliste pour profiter ensemble d’un week-end photo. Nous avons pris le train, et un bateau à travers les rizières, un dépaysement total, loin du bruit et du monde de Phnom Penh. Près d’un ancien temple, nous avons partagé des fruits et des rires avec deux charmantes vieilles aux sourires radieux… elles étaient amusées de voir des « Barang » (étrangères) et se sont ragalées de nous prendre en photo avec nos appareils ! Les rencontres avec les gens, c’est ce qui fait vraiment la magie de mon voyage. La plus enrichissante pour moi est celle avec mes élèves avec qui je crée un lien petit à petit. J’apprends beaucoup d’eux, il y a des moments plus difficiles que d’autres mais c’est ce qui est intéressant. En sachant que le Cambodge n’est vraiment pas un pays tout rose, loin de là. Alors c’est important d’observer, de comprendre son histoire, ses us et coutumes pour mieux s’adapter.

Ton bilan depuis ces trois premiers mois ?

Je me sens déjà changée. C’est vraiment comme une bouffée d’air et de vie. Ici j’apprends à vivre au jour le jour, à accueillir chaque événement sereinement, à surmonter les difficultés avec patience. C’est un pays si beau avec plein de richesses où la gentillesse des gens ne peut que nous rendre meilleurs et altruistes. Bien évidemment ce n’est pas l’image de carte postale, ici à Phnom Penh, on est confronté à une pauvreté extrême en contraste avec une population très riche, aux fléaux de la pollution et de la corruption.

J’ai beaucoup plus appris sur l’histoire du pays en trois mois sur place qu’à travers tous les livres que j’ai pu lire avant de partir. Et très vite, j’ai pris conscience que la guerre avec les Khmers rouges, il n’a pas si longtemps avait laissé une grande cicatrice. En tant que Vidéaste & Photographe, tous mes sens sont en éveil. Il y a tellement d’histoire à partager ! Les idées de projets se multiplient ! il ne manque plus qu’à les réaliser mais pour pour le moment je vis l’instant présent !

Crédit photo : Lola JAVIER - Vidéaste & Photographe

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